Les hippopotames #1 – Je veux devenir un hippopotame !

(les hippopotames est une série sur la survie au travail et plus généralement dans tous milieux hostiles 🙂 à voir les épisodes #2 #3 #4 #5)

Je veux devenir un hippopotame !

Ca y est c’est le dernier mois. Je quitte mon entreprise après presque neuf ans de fidélité.

J’ai l’impression d’un grand vide en les voyant tous travailler autour de moi, faire ce que je faisais avant, ne plus me demander de conseil et me regarder d’un œil complice à chaque fois qu’ils me croisent dans les couloirs. C’est très curieux d’être spectateur. Partagé entre la hâte de partir vite et le désir de vouloir laisser tout propre et bien rangé derrière soi.

Mais je me sens bien.

J’ai l’impression (enfin!) d’avoir pris une décision professionnelle qui me motive. Une décision qui ne cherche pas le regard et l’admiration des autres mais simplement mon propre plaisir. Et curieusement mes collègues ont l’air plus impressionnés par mon revirement professionnel que si j’avais pris un poste de direction important au sein de l’entreprise. Ils sont tous très curieux de savoir pourquoi et comment j’ai pris ma décision, comment j’ai évalué les risques (mais y avait-il vraiment un risque ?) et comment je me sens. Et tous de me dire : « toi au moins tu as su prendre ta vie en main, tu es responsable ». Mais vous aussi les gars !

On s’enferme très vite, nous français, nous européens latin, dans une volonté de confort. On intègre des entreprises comme on se marie. On pense encore, et malgré ce que les media peuvent dire, qu’on y passera sa vie, sauf grosse catastrophe. Et très vite on a une morne vie. Parce qu’on a peur. Parce qu’on veut croire que le travail n’est qu’un moyen de vivre, au lieu de comprendre que le travail est notre vie.

Un médecin, un professeur, un avocat ou un militaire fait son métier par passion. On l’appelle au travail comme à la ville par son titre, son grade, sa fonction et cela fait partie de son identité propre. Parfois cela relève du sacerdoce oui, mais toujours de la passion. Comme encore tous ces métiers extraordinaires qui vont du boucher au menuisier, en passant par tous les artisans et chefs d’entreprises de petites tailles.

Pourquoi ne reconnait-on pas donc un comptable, un barman, un caissier, par sa fonction dans sa vie privée ? Surtout parce qu’il ne veut pas. Parce que sa vie professionnelle doit rester loin de sa vie privée. Parce qu’il n’a pas compris que c’était un tout qui le définit.

Alors si on s’en rend compte. Si le travail, la fonction est pour nous une fin. Mais si on n’a pas eu la chance d’entrer en médecine, à Polytechnique ou a l’Ecole de la Magistrature, si on n’est pas un boucher ou un menuisier de talent ?

Que fait-on ? On se bat !

On s’invente un objectif, en se disant que ce n’est qu’une fois l’objectif atteint qu’on sera heureux, parce qu’on sera reconnu, respecté et peut-être même craint. Sans se rendre compte alors que qu’une fois l’objectif atteint, on en voudra toujours plus.

On s’y atèle tous les jours, on le martèle, on le revendique. On se fait des alliés parmi ceux qu’on considère comme des faibles car ils n’ont pas notre ambition, pour se rendre compte bien plus tard que ce sont eux qui avaient raison. On repère les ennemis, les dangers, les obstacles. On n’est jamais à ce qu’on doit faire pour bien faire notre travail, mais tout de suite dans la démonstration pour obtenir plus. On se croit fort quand on détruit ce que les autres ont construit. On dénigre, on épie, on complote.

Et puis cela fonctionne. On monte. Toujours plus haut, plus exposé, et plus loin encore de ce qu’on aime faire. On ne se rend même pas compte de ce qu’on devient. Froid, cruel, presque inhumain. Ça y est, on est un fauve !

Ce travail qui doit si bien se marier avec la vie privée pour ne former qu’un tout qui nous permet de nous réaliser devient alors le monstre qui nous ronge. La vie ne s’articule qu’autour de lui. Et la réalisation personnelle n’est plus qu’un moyen de la réussite professionnelle. On l’adapte, on la tempère, on la cache, puis on la sacrifie et enfin on la tue.

Mais un jour on rencontre plus féroce que soi. Alors on s’affronte. On ne s’allie jamais. On découvre la peur, l’angoisse. On ne dort que quand l’ennemi dort, on ne respire que quand il s’est repus d’un autre, et on ne vit finalement que quand on le sait loin et inoffensif. Face à ce nouveau lion plus puissant, on devient un zébu, on est son garde-manger.

On sacrifie facilement les plus faibles à son plaisir, les alliances du passé n’existent plus.

On attend son heure, résigné.

Il est ce qu’on a été, mais qu’on ne croyait pas être.

Et sans le voir venir, un matin on est tué.

Dans cette série je voudrais vous raconter comment de lion féroce je suis devenu un zébu apeuré, pour enfin m’apercevoir que je devais être un hippopotame ! 

#FuckTheFish

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4 commentaires sur “Les hippopotames #1 – Je veux devenir un hippopotame !

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