Les gens qui dorment dans les trains et les sales gosses

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Le sommeil est une chose très intime. On le réserve au secret clos de la chambre à coucher ou au confort d’un canapé un dimanche après-midi. Les séries TV sont pour cela d’excellentes berceuses et on saute aisément d’un générique à l’autre sans savoir si Chuck Norris a finalement réussi à arrêter le trafiquant de drogue qui menaçait ce petit village de l’Amérique profonde. Mais bref, on n’aime pas dormir devant tout le monde, car on a peut-être l’impression d’être vulnérable… ce qui n’est pas faux (Karadoc!).

Mais il existe un endroit où nos craintes et notre pudeur s’effacent instantanément : les transports en commun, et plus particulièrement dans le train.

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Surtout quand on doit prendre le premier du matin et qu’on a déjà dû se lever à une heure que d’autres fêtards considèrent comme une heure normale pour se coucher. On a titubé pour prendre le tout premier RER, changer une ou deux fois de ligne, en se retenant déjà de ne pas s’endormir pour ne pas rater la bonne station, on a les yeux flous, les jambes en coton et un goût métallique dans la bouche quand on arrive enfin sur le quai de la gare et enfin dans notre wagon.

Alors s’offre à nous un monde de plaisirs, pas très spacieux, mais confortable. Le sol est recouvert de moquette, surtout pour absorber les bruits, parce que c’est juste une horreur pour le nettoyage, mais qui donne à ces heures indues une impression de volupté, les sièges sont moelleux, presque conçus pour nous bercer. On s’installe.

Chacun y va de sa technique. Et ce n’est pas beau à voir. L’homme devient une bête en cage. Même si j’ai déjà vu au zoo des animaux s’accommoder de leur enfermement avec plus de fierté que nous autres à la place 78 du wagon 4.

On s’arcboute, se tortille, pour essayer de trouver dans cinquante centimètres carrés le confort de notre lit. On a la tête qui bringuebale de tous les côtés à chaque virage ou trou d’air. On a, mais on ne peut pas le voir, l’air bien débile.

Et puis il y a les chanceux. Ceux qui n’ont pas de voisins. Ceux qui ont la chance ultime de toucher au saint Graal d’avoir deux places pour le prix d’une (et assez curieusement cela m’arrive souvent). Ils se prélassent dans cet espace immense, en méprisant presque leurs compagnons de voyage, ils se sentent supérieurs et font souvent savoir qu’ils sont bien mieux installés que les autres en s’étalant le plus possible débordant parfois même dans les couloirs, et tentant par la même occasion de gagner encore plus de territoire.

Mais qu’on soit chanceux ou pas, très vite, et contre toute attente quand c’est la première fois, on dort. A peine les soubresauts du départ du train se font-ils sentir, que c’est une hécatombe générale dans les rangs des soldats de l’aurore.

Sauf parfois quand quelques familles nombreuses (ou pas d’ailleurs) viennent polluer les wagons de travailleurs, et dont les chiards bien réveillés galopent dans les allées sous le regard amusé de parents qui ont oubliés qu’on n’est pas venu là, nous, pour supporter le manque d’éducation du résultat improbable de leurs sordides ébats sexuels.

Alors personne ne peut dormir. La journée commence très mal. Mais chacun reste à sa place et ne dit rien.

C’est dans ces instants, fugaces mais bien réels, même si personne ne l’avoue ou se l’avoue jamais, qu’on comprend les tueurs en série. En tout cas ceux des films. C’est aussi dans ces moments-là qu’on s’imagine Don Quichotte, se levant aux yeux de tous et allant vers ces humains méprisables que sont les couples avec enfants qui croient que le monde entier doit admirer leur progéniture pendant qu’elle nous casse plutôt les burnes (mais si c’est poli) qu’autre chose, et qu’on se rêve leur faisant la morale de manière sévère mais inspirée, les laissant K.O. et honteux avant d’aller nous rasseoir sous les hourras d’une foule en délire, alors que nos victimes terrassées quittent le wagon pour aller pleurer leur remord sur la plate-forme entre les bagages.

Mais cela n’arrive jamais. Car on est lâche, fatigué aussi, et…

ALERTE ALERTE – Remarque vieux-con à l’approche – ALERTE ALERTE

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…que la morale populaire aujourd’hui veut malheureusement que quand on a cinq ans, on peut faire ce qu’on veut, et que nos parents ne suscitent que l’admiration des spectateurs. Tout se perd. Te mettrais des baffes à tout ça moi !

FIN D’ALERTE – FIN D’ALERTE – FIN D’ALERTE – FIN D’ALERTE

Mais revenons à nos trains…

Quand une secousse plus forte que les autres nous réveille, on essuie discrètement, enfin on croit le faire discrètement, un filet de bave devenu glacé (qui si vous portez la barbe se révèle une horreur absolue…croyez-moi), en croisant le regard de notre voisine, réveillée aussi depuis peu, et qui sourit en coin de nous voir dans un tel état.

Dans le train on se déplace facilement. On risque de se casser la figure assez régulièrement, et on se cogne dans les genoux de tout le monde, mais dans l’ensemble ça va. Et comme au réveil on a toujours une petite envie, on va, en passant par les commodités et sans oublier de s’y accrocher à la petite main courante pour ne pas faire une murale (quand on est un monsieur), se chercher un petit café, qui vaut ce qu’il vaut mais qui a le mérite d’exister, au wagon bar. En tout cas il est noir, chaud et contient toutes les molécules nécessaires à se réveiller et à encore faire dire à notre médecin qu’il faut qu’on surveille plus ce qu’on mange.

Il ne reste plus que trente minutes de trajet, on ne va pas se rendormir. Il faut être en forme, la journée va être longue.

Alors ce qu’on voit de part et d’autre de l’allée quand on se lève, c’est Waterloo, Trafalgar et Bérézina réunis. Des cadavres ensommeillés, dans des positions toutes plus improbables les unes que les autres. Picasso devait prendre le train souvent et y trouver l’inspiration c’est maintenant une certitude.

Toute estime de soi a disparu. Nos congénères font peine à voir (juste se rappeler qu’il y a 5 minutes on était exactement dans le même état). On a envie de prendre une photo, mais on n’ose pas. Ce serait comme un viol. On ne frappe pas quelqu’un au sol sans défense, enfin, pas tout le temps et pas tout le monde. Même pas pour augmenter son nombre de followers sur Twitter, enfin… pas toujours…

Bientôt il est l’heure à laquelle les autres gens restés dans leur lit bien plus longtemps se réveillent, on rattrape alors la réalité. Puis bientôt 7h sonnent et le soleil est levé. On retourne à sa place, en essayant de retrouver sa dignité, et en cognant encore quelques genoux au passage. Les plus fatigués émergent à peine.

On est bien reposé, la journée va être folle. Mais vivement ce soir, dans le train du retour, certainement le dernier train de la journée, qu’on puisse à nouveau piquer une petite sieste, car finalement c’est débarrasser de toute dignité et offert aux regards de tous nos voisins complices, qu’on fait peut-être les plus beaux sommes.

ps : ce n’est pas la dernière fois qu’on parlera des sales gosses…faites-moi confiance.

#FuckTheFish

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3 commentaires sur “Les gens qui dorment dans les trains et les sales gosses

  1. Je n’ai jamais pu dormir dans un train, même dans un train de nuit, je n’accepte pas de me lâcher comme ça. …et que qulequ’un puisse m’observer comme tu le fais :). J’arrive à destination totalement en vrac certe, d’autant que je ne bois jamais de café, mais moi il me faut mon intimité 🙂 cela dit je suis d’accord c’est pas toujours beau à voir mais marrant 🙂

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