The Fish Eye

Un regard sur chaque jour

mémoires ordinaires, ch.1

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Je n’ai pas été longtemps à l’école.

Juste ce qu’il a fallu pour rendre fiers mes parents et que des années plus tard je regrette de ne pas y être resté davantage. Même si j’ai toujours été très heureux toute ma vie de dire que je n’avais que mon certificat d’étude comme bagage. Pour autant, je connais l’histoire. La grande Histoire. Celle qu’on nous fait apprendre par coeur à coup de clovis-roi-des-francs, de quinze-cent-quinze-marignan ou de quatorze-juillet-prise-de-la-bastille. Et j’ai beau confondre souvent les dates et les personnages, j’ai tout de même retenu l’essentiel de tous ces récits incroyables, presque irréels, qui m’ont fait rêver au point que j’en enviais parfois les héros qui ne seront jamais plus pour moi que des têtes bien coiffées sur des illustrations en papier glacé dans des livres d’écoliers pour les plus anciens, ou sur les pages usées d’un magazine abandonné sur la table basse de la salle d’attente d’un quelconque praticien pour les plus récents. Ils sont aujourd’hui les visages qu’on distingue vaguement entre deux publicités pour des produits inutiles. Ou entre deux hurlements désespérés de supporters déchus cherchant à canaliser toute leur énergie vers leur coéquipier encore vaillant. Celui-ci s’efforçant de rester perché plus longtemps que son adversaire sur un pic en bois noyé à vingts mètres du rivage d’une île où tous feraient mieux de se la couler douce plutôt que de croquer de la larve en grattant du silex dans l’espoir fou d’en décrocher une étincelle salvatrice. Les gens font de temps en temps des choses tout de même curieuses. Finalement ceux-là aussi sont peut-être en quête d’une célébrité qui les fera passer à la postérité. Et c’est ce que nous cherchons tous, chacun à notre échelle, c’est biologique, un simple instinct de survie. 

Cette grande Histoire ressemble très fortement à un roman dictatorial, elle semble écrite par ceux qui veulent la voir devenir réalité et seule vérité pour tous, sans jamais réellement nous demander notre avis. Et elle est très belle, belle comme un conte. Elle est pleine de jolies dames dont l’allure seule mettrait à mal des décennies de lutte féministe, de beaux-seigneurs dont les vices sont érigés en vertus enviables, de méchants improbables tous plus incroyablement vicieux et stupides les uns que les autres ; de conquêtes dantesques de continents entiers où les hérauts asservissent sans mal les corps et les esprits des vaincus, avant qu’eux-mêmes ne deviennent à leur tour les nouveaux envahis ; d’amours interdits, voire de nouvelles façons d’aimer, qui ne sont nouvelles que parce que l’oubli des siècles les a occultées ; de châteaux et de forteresses inviolables, mais qui finissent toujours par brûler ; de rivières sauvages envahies de monstres titanesques ; de voyages au bout du monde à la découverte de continents et de peuples glorieux, mais à soumettre quoiqu’il en coûte.

Ça reste d’ailleurs un peu le thème central de tout : conquérir et soumettre, en tout cas montrer qu’on est plus fort que le voisin, et que s’il a quelque chose d’enviable, on va se précipiter de l’en priver, le plus sauvagement possible et bien sûr en se revendiquant d’un droit quelconque, mais qui auréolera le tout de légitimité. Et puis tout cela est joliment raconté. À grand renforts de figures de style dont je me souviendrais des noms si je les avaient appris un jour.

Bref. Tout est parfait dans cette grande Histoire. Rien ne dépasse. Aucun hasard n’est permis, juste un enchevêtrement presque symphonique de rouages bien ajustés menant toute cette petite humanité des limbes d’une origine inconnue et trop lointaine pour finalement être si interessante que ça, à ce que nous sommes aujourd’hui.

Il est temps maintenant d’enfoncer des portes ouvertes, de répandre la lapalissade facile et de nous vautrer dans le lieu commun jouissif à en mettre notre coude sur le zinc ! C’est l’heure de l’insurrection populaire des on-nous-dit-pas-tout au bon parfum anisé et houblonné.

Cette fameuse grande Histoire oublie la multitude d’inconnus qui porte pourtant à bout de bras les géants qui l’écrivent. Cette foule qui subit leurs décisions, leurs humeurs. et qui est au mieux à la fois figurante et spectatrice, obligée sans cesse de s’adapter aux nouvelles scènes et aux scénarios changeants. Car elle est remplie de pléthore de fourmis anonymes, cette grande Histoire sur papier glacé, elle est pleine de milliards d’existences qui s’entremêlent, se ramifient et se télescopent, créant une infinité de nouvelles, toutes savoureuses, toutes truculentes. Mais toutes discrètes. Ayant à peine, à grand peine même, laissé une trace légère dans le paysage du monde.

Comment les reconnaître ces traces ? Où les chercher ? Est-ce seulement possible ? Tous les grands boulevards ne sont pourtant pas Haussmanniens et toutes les tours ne sont certainement pas d’Eiffel. Ce bâtiment au bout de cette rue, est-ce un grand de ce monde qui l’a érigé ? Certainement pas ! C’est une fourmi ou une autre. Sa trace est là. Jusqu’alors invisible. Jusqu’alors inconnue. Il est facile de remonter le temps une fois la trace découverte et d’exhumer son auteur, mais sans avoir pour autant la vision totale de ce qu’il a été, ni de ce qu’il aurait voulu nous léguer. On peut se demander alors comment de sa propre histoire laisser la trace qu’on souhaite ? Comment guider ceux qui un jour s’interrogeront, ceux qui un jour seront les enfants des enfants de nos enfants, et qui seront le fruit de notre histoire, afin qu’ils puissent tout voir et tout comprendre ? Tout lier ? Et englober d’un seul regard tout ce que nous avons été, et comment tout cela a pu être une petite pierre, cependant solide et indispensable, dans la muraille de la grande Histoire ? Qu’ils puissent voir la petite onde que nous avons modestement propagée à la surface du temps. Pour qu’ils puissent éviter de nous laisser mourir à nouveau dans l’anonymat de la fainéantise face à l’effort de mémoire et de témoignage. La réponse est que c’est à celui qui le veut de laisser de quoi déchiffrer sa fébrile trace.

Alors cet effort je vais le faire. Sans prétention. Pour l’histoire de ma famille, et des moments passés. Et parce que moi aussi le temps me ronge, et que bientôt je ne saurai plus reconnaitre sur les photos de ma chambre les gens qui s’y affichent. C’est maintenant ou jamais.

Je m’appelle Mario. Je suis né le 22 mai 1920. Et ce que j’ai vécu depuis, sans n’avoir jamais fait aucun gros titre, ni aucune manchette, mérite au moins que je m’en libère devant vous. Laissez moi vous livrer tout ça pêle-mêle, pardonnez mon langage de petit gamin de banlieue quand il se fera trop simple, jugez-moi quand vous me trouverez trop hasardeux, soutenez-moi dans les souvenirs douloureux, mais prenez ma main et suivez-moi. Que voulez-vous qu’il vous arrive d’autre que de vous sentir peut-être un peu étourdi par la traversée tourbillonnante et déroutante du vingtième siècle, de notre bon vieux vingtième siècle ?

Allons-y !

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Cette entrée a été publiée le 15 août 2017 par dans Mémoires, et est taguée , , , , .
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