Le héros meurt à la fin #1

Welcome, bienvenue, salut les gens. Comme dit ici, il est temps de commencer une nouvelle série… assez éloignée de nos habitudes. Très personnelle, en tout cas par la manière dont elle débute… mais il faut bien un jet d’énergie initiale pour mettre en mouvement toute chose.. alors, why not?

Tout ça pour vous dire que je vais un peu me lâcher. Que ça risque d’être très loufoque et parfois même franchement bizarre, voire carrément barré.

Enfin voilà. Advienne que pourra !

(lien vers les autres chapitres)



« Tu reprendras du gâteau? »

C’est de cette incroyable histoire, la phrase la plus lointaine, la scène la plus ancienne, dont je me souvienne. Tout me semble avoir commencé par cette question. Mais franchement, est-ce que c’était vraiment une question? Qu’est-ce que je pouvais bien en avoir à faire de ce truc de forme indéterminée qui traînait sur la table depuis plusieurs minutes et semblait vouloir nous y retenir prisonniers jusqu’à ce qu’on arrive à le manger entièrement? Strictement rien. En plus, il était bon, et je venais goulûment d’en avaler le dernier morceau d’une portion titanesque qui avait presque totalement rempli mon assiette. Mais je n’avais vraiment pas envie de devoir sourire et de justifier mon appétit par un compliment en me resservant. Alors, autant justifier mon non-appétit par une fin de non-recevoir et ne pas avoir à faire semblant d’être gentil. Je n’étais déjà pas là de mon plein gré, je n’allais pas de surcroît féliciter mes geôliers. Ils seraient bien trop contents de chercher une nouvelle occasion de me séquestrer, en m’invitant bientôt à un quelconque anniversaire ou à une fête traditionnelle au folklore complètement débile qu’on se sent encore l’obligation de célébrer. Autant les en décourager tout de suite en portant ostensiblement mon indifférence en bandoulière.

« Non merci ça ira », car je n’en veux pas de ton gâteau à la con, même si ça m’arrache une dent de te dire ça parce qu’il est vraiment bon et que mon instinct me pousse à m’en retapisser la panse. Ce que je désirais c’était partir de cet endroit, vite.

On ne se connaît pas, mais laissez-moi vous expliquer que j’étais, à ce moment précis de mon existence, la cible privilégiée de tous les abrutis qui s’agglutinaient autour de moi et que je remorquais comme autant d’enclumes. Pas beaucoup de différence avec aujourd’hui, ces idiots ont cédé leur place, mais je reste une cible. Peut-être même la seule cible. Il faut que je me dépêche de tout vous raconter. C’est important que vous saisissiez tout. Et pour bien comprendre, il est primordial que je vous déroule toute cette folle aventure avec la plus grande précision. Qui croirait une histoire pleine d’incohérences? Vous me prendrez assez vite pour un cinglé de toute façon.

La scène dans laquelle je viens de vous projeter se tenait lors d’un anniversaire. Un jeune gars timide, brillant et, semblait-il, heureux, nous avait invités à le faire passer dans la dizaine supérieure à grands coups de champagne, petits fours et cotillons. Nous sacrifions ainsi à l’erreur mathématique d’usage qui consiste à penser que les décades commencent sur des chiffres ronds, alors qu’en fait elles s’y terminent. La trentaine démarrant réellement à trente et un ans et non à trente ans. Mais les chiffres ronds ça sonne mieux, et c’est certainement plus facile pour compter, se rappeler, et surtout se justifier de faire la fête. Quoique si personne ne faisait plus cette faute, tout serait remis dans l’ordre et les célébrations se dérouleraient au bon moment, et pas un an trop tôt. Mais je diverge.

J’étais là pour faire plaisir à ma compagne. Ma copine. Ma non-on-n’est-pas-mariés-mais-c’est-tout-comme. Mon indéfinie en somme. C’était la commémoration annuelle de la naissance d’un de ses amis de jeunesse. Un de ceux qui avaient la prétention d’en savoir plus long sur sa vie que moi, et qui se pavanait justement ce soir-là en ayant affiché aux murs d’une salle des fêtes, pas si beauf que ça, des dizaines de photos d’une époque que je n’avais pas eu le droit de connaître. Tout ça uniquement pour m’emmerder. Et puis ce n’est pas comme si à cette époque elle avait été mariée, avec un con en plus. Je n’ai jamais trouvé d’autre adjectif pour ce mec que je n’ai croisé que trois fois, et qui a eu l’audace de boire dans ma pinte de bière à la première rencontre sans rien me demander. J’aurais dû lui foutre le verre dans la tronche, ça l’aurait aidé à se recoiffer. Je vous dis ça, mais moi aussi j’étais en couple avant. Pas marié. Pas engagé. Un leasing sans option d’achat. Avec vidange et assurance incluse… j’avais peut-être juste oublié les sentiments dans le contrat de bail. Je n’avais pas su aimer. Et je n’avais jamais eu d’exemple particulièrement glorieux sous les yeux pour m’aider. Je considérais donc l’échec comme seule issue possible. Et tout ça pour finir devant un maudit bout de gâteau.

Vous comprenez, non? Je me trouvais encore une fois assis au milieu de son ancienne vie. Ils étaient, et sont toujours d’ailleurs, très sympathiques, mais j’aurais voulu effacer de leurs mémoires tout ce qui avait existé avant mon arrivée dans leur monde. C’était moi le tôlier maintenant, le passé n’avait plus lieu d’être, j’étais leur nouveau tyran, unique leader de la pensée autorisée et bienveillante, à mon égard au moins. Non, vous ne comprenez pas, car ce n’est pas compréhensible, ni même appréhendable pour qui est un tant soit peu sain d’esprit.

J’étais assis à une table, entouré de gens heureux de me voir, en tout cas pas fâchés de ma présence, et moi j’étais le type le plus indifférent qui soit n’adressant que parcimonieusement la parole, n’attendant qu’une chose, que tout ça se termine le plus vite possible. Et à côté de moi, à mes côtés, la plus belle, la plus douce, la plus extraordinairement incroyable personne qu’aucun monde n’a jamais porté. Les dieux s’ils avaient existé se seraient prosternés devant elle pour lui baiser les pieds et proposer leurs corps misérables comme paillassons afin que ses pas ne foulent jamais le sol de cette Terre imparfaite qui osait être son univers. Elle était là. Et par un mystère non résolu à ce jour, elle y était avec moi, et elle me regardait avec des yeux qui me faisaient me sentir invincible. Elle m’aimait. Je l’aimais. Nous nous aimions. C’était beau, plein de guimauve, de papillons, d’avenirs ensoleillés, de rires et de promesses, de sueur et de caresses, de bonheur. Mais non, moi il fallait que je sois malheureux. Comme un totem érigé à la face du monde pour montrer mon importance, car on ne laisse une trace dans le sable de l’éternité qu’en étant une âme torturée, la plus noire possible, la plus vile. Celle sur les pompes de laquelle tous les avions du monde s’écrasent. « Oh! Tu es tellement malheureux et pourtant si brillant à la fois, ce monde ne te comprend vraiment pas, quelle injustice! » voilà ce que j’avais besoin d’entendre à longueur de journée. Être reconnu génial et désespéré. Chaque évènement était prétexte à une analyse en profondeur de mon mal-être pour déterminer le degré de souffrance que ressentait mon âme à l’instant précis. La seule chose pertinente qu’il aurait été nécessaire d’étudier en détail était ma connerie, je m’en rends compte maintenant, mais est-ce qu’un appareil de mesure, s’il avait été inventé, aurait su montrer assez de résistance pour encaisser l’explosion permanente de débilité qui rayonnait de moi?

Je traversais la plus merveilleuse des vies potentielles et j’étais assis là devant un gâteau de rêve à me dire que tout était nul et que je ferais mieux de rentrer chez moi rapidement pour m’endormir, passer à autre chose et surtout en chemin critiquer autant que possible les heures qui venaient de s’écouler, plutôt que d’essayer d’en profiter.

Le cliché parfait de l’adolescent de trente-sept ans que l’on a doté du pouvoir d’une carte bleue, qui se sent pousser des ailes de super héros évangélisateur et que chaque humain dégoûte par son insignifiance. Adolescent qui pense tout savoir sur tout. Qui donne des leçons à tout un chacun sur ce qu’il doit faire, fier de mettre en avant sa propre expérience. Adolescent faussement enjoué qui se montre malheureusement insatisfait de ce que le monde lui propose de vivre, comme s’il n’arrivait jamais à se contenter, à se rassasier, et qu’il restait à jamais un microcosme de seconde zone, en dessous de ses attentes, bon pour les sans-ambitions, les sans-cultures, les prostrés-devant-la-télé.

J’étais un cliché aux yeux de tous et j’allais devenir le héros superbe et maudit d’une histoire que vous ne voudrez jamais croire. Qu’importe! Ce fut une épopée que je n’aurais jamais eu envie de connaître, ce qui commença ce soir-là surpasse tout ce que je me serais imaginé comme avenir, surtout et d’abord, par son impossibilité. Même aujourd’hui, moi-même, alors que je suis encore plongé en plein dans cette horreur, je ne m’y résous pas. Je ne comprends pas ce qui a tout déclenché. Je n’ai rien vu venir. Personne n’a rien vu venir. Sinon on aurait peut-être pu agir dans les temps. On aurait pu se protéger et ne pas laisser notre réalité se faire dévorer par ces improbables évènements.

J’étais face à ce gâteau délicieux à côté de cet être magnifique, j’étais malheureux comme les pierres, j’avais bien sûr fait très attention d’en rejeter la faute sur tout ce qui pouvait exister d’autre que moi. Et je ne me rendais pas compte que tous ceux qui m’entouraient, cette petite foule d’un soir, mais aussi tous ceux que je n’avais jamais croisés, allaient se retrouver les acteurs d’une affolante machination. Acteurs volontaires ou involontaires, même maintenant je ne sais pas.

Je ne repris pas de dessert. Nous partîmes rapidement de cet endroit où nous aurions pourtant pu tellement nous amuser et nous rentrâmes, presque sans un mot. Pour ma part, je basculais définitivement dans le jeu de leur manipulation.

(to be continued…)



N’ajoutons rien, à la prochaine les gens, #FuckTheFish

L’épisode 2 c’est par là….

(lien vers les autres chapitres)

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8 commentaires sur “Le héros meurt à la fin #1

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