Sainte Antoinette

Je n’ai pas trouvé de titre plus approprié.

En cette période curieuse de guerre permanente des sexes, où l’on oublie dans une discrimination positive grammaticalement angoissante, que nous sommes tout simplement des êtres humains pas encore tout à fait capables de parthénogenèse, et encore loin d’un hermaphrodisme qui faciliterait pourtant les séances de masturbation des moins imaginatifs d’entre nous, j’ose dans ce titre la féminisation du symbole universel, mais bien de chez nous, du flic, et surtout du roman de flics qui va bien et surtout qui fait du bien (San Antonio, priez pour moi, pécheur fou que je suis de vous invoquer ainsi…).

Car c’est là tout l’objet de ce nouveau siècle, se faire du bien. Y arriverons-nous ? Saurons-nous remplacer les légendes du siècle passé qui nous ont tellement réjoui et nous berçaient tendrement, dans un monde où le brio s’est évaporé dans les vapeurs de vieux-connisme ? Armés de notre peur de tout voir disparaître, on prolonge la vie de nos grands artistes jusqu’à plus soif parce que personne ne semble avoir le talent nécessaire pour leur succéder, et parce que la déshydratation nous guette. Et quand enfin ils meurent, c’est la grande catastrophe qui s’abat sur nous, accompagnée de ses rééditions de best-off (mot pour lequel je bloque et sèche en ce qui concerne l’accord en nombre), et un coude sur le zinc du bistrot on se dit que c’était mieux avant et que c’est plus ce que c’était ma bonne dame.

C’est à ce moment-là que débarque, de temps en temps, un OVNI qui balaye tout ce qui a jamais été.


La scène se déroule dans la FNAC d’une province qui se glorifie d’être la capitale des Gaules et des gones, où j’errais comme souvent à la recherche d’une couverture attrayante derrière laquelle se cacherait enfin une histoire enthousiasmante. Je sortais de l’Auteur Anonyme et je dois confesser qu’une morosité m’avait envahi. Déjà parce que les seuls loups-garous que j’aurais pu dézinguer dans mon élan se trouvaient enfermés entre les couvertures de romans pour midinettes, mais surtout parce que je ne savais pas le moins du monde où retrouver ce souffle créatif qui m’avait porté durant tous ces tomes ? J’avais pourtant éclusé pas mal d’autres romans noirs ou polars après le Bourbon Kid, mais rien d’aussi jouissif.

J’étais désespéré.

La couverture d’un rouge orangé indéfinissable de Poulets Grillés attira mon attention, plus parce qu’elle me faisait mal aux yeux que pour n’importe quoi d’autre d’ailleurs. En plus j’adore le poulet grillé, avec des patates au lard, et ce goût pour la nourriture des dimanches ensoleillés n’est certainement pas étrangère à l’attirance que je ressentis. Je lu la quatrième de couverture rapidement. Ça avait l’air d’un classicisme fatiguant. Des flics au rebut qui allaient vivre une aventure dont le succès redorerait leur blason. De prime abord c’était à vomir. Et le tout écrit par une gonzesse du Cosmopolitain… ça puait la merdouille à deux balles pour Bridget Jones en chaussettes de laine et chat angora en bandoulière. Mais la couverture était jolie.

J’embarquai l’ouvrage chez moi, comme on ramène un souvenir bizarre de vacances, mais le laissai longtemps sur une étagère dans mon entrée. Le sort que je lui réservais, quand je me déciderais à le lire, n’était pas glorieux : démontrer en le lisant que personne ne pouvait s’attaquer au polar comico-franchouillard et essayer de ressembler mollement au divin San Antonio sans se planter complètement et se vautrer dans la fange telle une truie violacée.

Mais seule la truie violacée ce fut moi, sans aucun doute possible, et j’en grouine de honte encore maintenant.

Je n’avais pas été aussi captivé par un petit polar depuis longtemps. J’ai dévoré le premier épisode et me suis précipité sur le second (qui sera bientôt le deuxième), que je dévorais encore plus rapidement.

Comment décrire ces petits moments de bonheur littéraire? C’est tout ce qu’on attend d’un livre de ce genre. Les personnages sont parfaitement stéréotypés, ils ressemblent à tout ce qu’on souhaite lire sur des exclus d’un système trop exigeant, qui ont en fait un talent incroyable et arrivent par leur rejet des règles à résoudre leurs enquêtes, mais aussi leurs relations aux autres et même l’éducation d’un rat ! En plus le travail de l’éditeur sur la couverture est sobre mais très chouette (à l’oral je dis souvent « chouette », c’est un toc, mais c’est aussi un chouette animal, cependant je l’écris peu, d’où son placement ici pour me soulager, et cette longue parenthèse inutile pour en justifier la présence), et devrait raconter une histoire à part entière tout en donnant des indices au lecteur assidu. 

Sans oser dire qu’on part dans des émotions fortes, j’ai eu du mal à décrocher, et j’ai passé de très bons moments de suspense ou de rire. L’auteure elle-même ayant accepté sur Twitter que je puisse la citer, je vais me lancer. Ceci pour illustrer à quel point l’écriture est ciselée et mérite qu’on s’y penche et qu’on attende avec impatience les prochains opus.

(la scène se déroule dans un restaurant) « Le capitaine se sentait ici en terre amie, le genre d’endroit qui le laissait pleinement développer son potentiel. Il allait pouvoir jouer des coudes dans les assiettes des autres, tacher sa chemise en toute impunité, il était bien, comme souvent. » Rester Groupés

(un des personnage, un homme aimant la bonne chair, dresse un rat, deux autres en parlent, le premier interroge le second sur l’avancement du dressage et ce dernier de répondre) : « Ah ben, la bestiole, tu lui fais plus passer un beaujolais pour un côte-du-rhône, c’est sûr. » Rester Groupés

Ça semble rien, ces petites phrases, mais elles ont un rythme parfait, et vous marquent d’un sourire au fer rouge !

Du caviar je vous dis ! (et le chapitre 31 du tome 2 est une bénédiction).

Alors je n’en suis pas au point de prendre un abonnement à Cosmo, même si je n’ai rien à redire concernant cette prestigieuse presse qui survit sans mal, et possède donc certainement toute l’adresse nécessaire à la satisfaction de ses nombreux lecteurs, mais je suis officiellement fan de Sophie Hénaff. Et je ne pense pas être le seul, ce qui est un grand malheur pour cette auteure talentueuse. Plus nous seront nombreux, plus nous seront exigeants, intransigeants, voire parfois méchants quand elle ne satisfera pas nos désirs, ou qu’elle s’éloignera de l’image que nous nous faisons de ce qu’elle doit écrire. Sans devenir de dangereuses Annie Wilkes (faut trouver la référence sans Google !), nous pourrions cependant parfois montrer les dents et la déstabiliser. Aussi, tant que j’ai toute ma tête, et que je n’ai pas sombré dans une idolâtrie déraisonnée, je lui souhaite, avec toute l’arrogance que je m’octroie bien volontiers sans demander son avis à personne, de ne faire que ce que bon lui semble, et d’écrire longtemps comme elle souhaite le faire, sans ce soucier de nous, sans concession… en étant rattrapée le plus tard possible par l’hypertrophie céphalique et les petits fours… sauf les feuilletés à la saucisse, car c’est sacré le feuilleté à la saucisse!

Bonne lecture à tous !


Prochain arrêt dans quelques jours pour le Héros et pour peut-être une autre critique. Ça dépendra du roman en cours de lecture… si rien ne sort, c’est que ça ne m’a pas trop plu, car en 2019 j’arrête de critiquer ce qui ne me plait pas, n’étant pas foutu moi-même de terminer mon propre premier récit, je ne me sens plus le droit de critiquer négativement les oeuvres bien concrètes que je n’aurais pas su apprécier.

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